Publié par : manuelsds | 16 juin 2011

Nature & voyage Interview de Paul Watson, figure incontournable de la préservation des océans

Interview de Paul Watson, figure incontournable de la préservation des océans

par Guillaume Duhamel, Mercredi 15 juin 2011

Interview de Paul Watson, figure incontournable de la préservation des océans

Robin des Bois pour les écologistes favorables à l’emploi de la méthode forte, poil à gratter aux yeux des pourfendeurs de la biodiversité, le fondateur de Sea Shepherd nous a reçus il y a quelques jours. De l’avis de tous allergique à la langue de bois, Paul Watson n’a surtout rien perdu de sa détermination et l’a encore prouvé lors de l’entretien qu’il nous a accordé.

 

Paul Watson, malgré le succès de l’opération No Compromise, les baleiniers japonais pourraient remettre le cap sur l’océan Austral…

 

Nous ne sommes pas une organisation de protestation mais une organisation qui se place dans l’action. S’ils reviennent, nous sommes nous aussi prêts à les affronter une nouvelle fois mais à vrai dire je ne crois pas qu’ils oseront… Quoi qu’il en soit, cette hypothèse est intégrée dans notre budget pour les douze prochains mois et il est clair que nous ne les laisserons pas opérer.

 

Le gouvernement japonais semble décidément déterminé à vous nuire, comme en a témoigné la contre-proposition qu’il a formulé à la suite de votre accord avec les autorités de la République de Palau pour encadrer le shark finning. Redoutez-vous que Tokyo vous grille la politesse ?

 

Nous sommes tout à fait disposés à fournir notre aide au Japon dans cette entreprise. Je n’assimile pas son action à une basse manœuvre de déstabilisation, même si le Japon semble dépenser beaucoup d’énergie pour tenter de nous nuire… Si ils s’occupent de protéger efficacement les eaux de la République de Palau contre les pêcheurs de requins nous déploierons nos efforts ailleurs… tout en les gardant à l’oeil.

 

Vous avez aussi annoncé vouloir sceller des accords avec certains États africains et être en pourparlers avec les décideurs polynésiens. Sur quels dossiers voudriez-vous travailler avec eux ?

 

Il y a la pêche autorisée et la pêche illégale, qui est omniprésente dans les pays avec lesquels nous sommes en discussion, lesquels ne disposent pas forcément des ressources financières et logistiques nécessaires pour protéger leurs propres eaux territoriales. Là encore l’idée est de leur apporter notre soutien pour lutter contre ce fléau. D’une manière générale, nous sommes prêts à proposer notre collaboration à toutes les autorités désireuses de mieux protéger leur écosystème marin.

 

« L’impossible peut devenir possible à force de passion, d’imagination et de courage »

 

La collaboration entre Sea Shepherd et Peter Bethune a pris fin l’an dernier. Soutenez-vous néanmoins, sur le fond et sur le forme, l’association Earthrace Conservation qu’il a récemment créée ?

 

Nous ne travaillerons pas avec Peter Bethune. L’an dernier, à la suite du naufrage du trimaran Ady Gil (NDLR : coulé à la suite d’une collision très médiatisée avec le baleinier japonais Shonan Maru 2), il a dit devant la justice que je lui avais demandé de le saboter, ce qui est totalement faux et contraire à l’esprit de notre mouvement. Vous m’imaginez demander à l’un de mes collaborateurs de couler l’un de nos propres navires ? C’est ridicule ! Ce n’était pas ma décision mais la sienne…

 

On connaît votre scepticisme à l’égard des initiatives menées par les grandes ONG, WWF et Greenpeace association dont vous avez été un militant actif dans les années 1970 – pour ne citer qu’elles. Vos aspirations sont néanmoins sensiblement identiques, en particulier sur la question du thon rouge. Excluez-vous catégoriquement, même à long terme, une entente avec l’une de ces grandes ONG de protection de la nature dans le cadre d’une campagne ?

 

Moi je veux bien travailler en partenariat avec Greenpeace, nous leur avons tendu la main durant la campagne de l’an dernier mais ce n’est pas la volonté de ses dirigeants. Greenpeace rétribue des professionnels. Mes volontaires, eux, risquent leur vie et croient dur comme fer en ce qu’ils font. Incontestablement, les militants des autres associations ne prennent pas les mêmes risques que nous. L’explication de leur attitude se trouve sans doute là…

 

Vous défendez la cause écologique depuis de longues décennies. Quels sont les grands enseignements que vous avez tiré de ce long combat ?

 

Je dirige Sea Shepherd depuis 1977. Après toutes ces années, j’ai pu constater à quel point l’argent conditionnait tout ou presque. On ne peut obtenir des résultats probants qu’en mettant le facteur économique dans la balance.

A l’heure actuelle, les Etats ne font rien ou presque pour les océans. Le thon rouge est un bon exemple. Avec la diminution des stocks, il est devenu le poisson le plus cher du monde. Certains spécimens sont vendus des centaines de milliers de dollars et ceux qui les achètent participent directement au massacre. Du moment que l’argent rentre, les autorités y trouvent leur compte. La priorité ne doit pas être la lutte contre le réchauffement climatique mais la protection des espèces, de toutes les espèces, les poissons bien sûr mais aussi les bactéries et les insectes. Je suis à la fois pessimiste et optimiste. Pessimiste quand je vois l’ampleur de la tâche à accomplir et l’état actuel de la planète mais également optimiste car l’impossible peut tout de même devenir possible. A force de passion, d’imagination et de courage.

Crédits photos : Marc Nozell / Greenpeace / Witty Lama
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