Publié par : manuelsds | 16 juin 2011

Et s’il avait raison d’agir ainsi??

Paul Watson, la manière forte

par Guillaume Duhamel, Jeudi 8 avril 2010

Paul Watson, la manière forte

Paul Watson mènera cet été une campagne contre la pêche du thon rouge en Méditerranée. Vu les méthodes employées par son association Sea Shepherd depuis plus de trois décennies, elle promet d’être controversée

Voilà quatre décennies que le capitaine Watson déploie toute son énergie en faveur de la préservation des espèces marines (baleines, dauphins, phoques, requins). Cet été, il prendra la mer pour s’opposer à la pêche du thon rouge en Méditerranée. Un autre combat que ce Canadien de cinquante-neuf ans refuse de croire perdu d’avance et qui promet d’être acharné.

 

Paul Watson est ce qu’on appelle un jusqu’au-boutiste. Il y en a qui prêchent la bonne parole, préparent la riposte de leur bureau et réclament telle ou telle mesure environnementale en conférence de presse. Cet ancien garde-côte a choisi le terrain, seule « méthode » qu’il juge susceptible d’être efficace, parce que « les gouvernements signent un tas de traités pour la protection des ressources mais ne les font jamais respecter ». Alors « c’est à nous de faire le boulot », a-t-il expliqué, aussi désabusé que déterminé, à nos confrères du Monde.

Le fondateur de l’ONG Sea Shepherd (« berger de la mer »), impliquée entre autres dans la lutte contre la pêche intensive des requins et des baleines – dont il sait mieux que personnes qu’elles ne sont que très rarement capturées à des fins scientifiques malgré les allégations des autorités japonaises – , ne varie jamais dès lors qu’il s’agit de justifier l’orientation protectrice qu’il a donné à son existence : « Les océans sont le fondement de notre existence. S’ils meurent,  nous mourons ». Simple mais très juste.

« Cela ne me dérange pas d’être traité d’écoterroriste »

 

Plus jeune membre fondateur de Greenpeace – il avait à peine plus dix-huit ans – , Paul Watson a depuis longtemps tourné le dos à ses anciennes amours, avec lesquelles il n’est pas tendre. Les initiatives quoique parfois spectaculaires de cette ONG qu’il a quittée en 1977 après avoir participé à sa création sont selon lui désormais parfaitement inutiles : « (Greenpeace et le WWF) sont des parasites qui ne pensent qu’à récolter de l’argent et ne font rien ». Radical dans ses déclarations, il l’est aussi dans les actes.

C’est que, dans son esprit, la préservation de la biodiversité marine, eu égard à la passivité chronique des autorités, est trop importante pour ne pas s’autoriser à passer outre le crédo de non-violence si cher à certaines associations. Elle n’implique pas une lutte qui aurait pour cadre des rencontres internationales dont il se refuse à croire qu’elles peuvent donner des résultats. Elle est une guerre qui, pour pouvoir être gagnée, ou tout du moins pour pouvoir remporter quelques batailles, doit aussi consister en des actions coup de poing.

Le capitaine et ses marins ne plaisent pas à tout le monde et leur peu de goût pour la négociation heurte jusque dans d’autres associations de défense de l’environnement (NDLR : « C’est une manière de travailler qui peut être dangereuse », a ainsi estimé François Chartier, chargé de la campagne Océans à Greenpeace France), quand il ne tourne pas au mini-drame. « Nous restons toujours dans les limites de la loi », se défend l’intéressé, qui précise qu’ « en trente-trois ans, nous n’avons jamais blessé personne et nous n’avons jamais été condamnés ». Il n’est cependant pas sans savoir que l’issue de sa dernière course-poursuite en Antarctique a écorné l’image de Sea Shepherd. L’un des trois navires de l’ONG, l’Ady Gil, a en effet coulé le 6 janvier dernier après avoir été heurté par un baleinier japonais. Les images de l’expédition ont fait le tour du monde et révélé que le bateau nippon avait été notamment attaqué au canon à eau, d’où des critiques de la part de ses frères « verts » plus enclins au dialogue.

Mais peu lui chaut « d’être traité d’écoterroriste », parce que « c’est le lot de tous ceux qui s’opposent aux gouvernements » et parce que, encore une fois, la fin justifie à ses yeux tous les moyens.

À l’assaut de la pêche illégale en Méditerranée

 

Paul Watson se prépare maintenant à investir le Steve Erwin, à bord duquel il sillonnera la Méditerranée cet été pour défendre le sort du thon rouge. Prendre en quelque sorte le relais d’une communauté internationale qui, l’issue de la dernière réunion de la CITES (Convention  sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvage menacées d’extinction) en témoigne, est décidément incapable de protéger cette espèce dont les stocks risquent de se réduire à peau de chagrin.

Des bateaux et des avions seront mis à contribution, des journalistes seront à bord et la confrontation sera filmée, mais le mystère demeure en ce qui concerne les restrictions – si tant est qu’il y en ait – que voudra bien se fixer le « chef » pour faire reculer les thoniers jugés « hors la loi ». Gageons toutefois qu’accostages, sabordages, blocage d’hélices à l’aide de cordes et autres fumigènes seront cette fois encore au rendez-vous.

Soutenu par des people comme Sean Penn et Martin Sheen, cet homme-là dit n’avoir « aucun respect » pour les pêcheurs et va jusqu’à prôner l’arrêt de la consommation de poissons, seule solution à ses yeux pour sauver les mers et les océans. Il ne croit pas en la pêche durable et jure qu’ « il n’y a pas assez de poissons dans les océans pour nourrir la population du globe ». Partisan d’un retour du primat de la nature au sens large, il ne comprend pas « qu’on puisse (en manger) quand on habite dans l’Utah ou en Suisse » et estime, furibard et définitif, que les habitants des contrées qu’il considère trop éloignées de la mer « n’ont qu’à aller le pêcher eux-mêmes ».

La rhétorique du fondateur de Sea Shepherd est bel et bien au diapason de ses méthodes.  Alors qu’une nouvelle traque aux pêcheurs va débuter dans quelques semaines, l’écoguerrier aiguise ses lames. Il ne croit qu’en l’action, n’accorde aucun crédit aux déclarations de ces messieurs en costume-cravate qui ne se retroussent les manches que derrière les caméras et méprise ses anciens amis trop souvent pris en flagrant délit de modération excessive.

Paul Watson est allé suffisamment loin pour ne pas avoir déjà risqué l’autarcie, mais il n’est pas seul et ne le sera jamais, peut-être parce qu’il est au moins en partie dans le vrai. Quoi qu’il en pense, son combat et celui de ces associations qu’il prétend trop timorées se complètent. Le verbe est volontiers assassin, l’agressivité toujours de rigueur, mais pour prétendre à dignement protéger son environnement l’humanité a probablement besoin de pareils soldats de la nature.

Crédit photo : Flickr – guano
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :